• Paroles de "Guerrilleros"

    Paroles de "Guerrilleros"

    Le cimetière des cons. 1969. (Remanié en 82).

     

    J’ai vu les putes de Manhattan enrubannées comme de vraies dames

    J’ai vu Castro à La Havane en train de gueuler : « Paix au Vietnam »

    J’ai vu De Gaulle à Colombey et ses mémoires à l’imparfait

    J’ai vu des Ricains un peu cons se noyer dans la Baie des Cochons


    Et moi je portais un blouson noir

    Dans mes santiags y’avaient mes pieds

    Mon blue-jean était délavé

     

    J’ai vu Zitrone aux enterrements et le croque-mort qui marchait devant

    J’ai vu le soldat qui est inconnu et tous les autres qui sont cocus

    J’ai vu Le Pen en djellaba se faire bouffer par de gros rats

    J’ai même un jour vu ma petite sœur se faire tirer dans l’ascenseur

     

    J’ai vu une nuit dans mon ghetto les flics qui voulaient me faire la peau

    J’ai vu le banquier s’autoriser à nous voler quelques billets

    J’ai vu l’amour battre la semelle sur le trottoir de ces demoiselles

    J’ai vu le maquereau un peu craignos en train de leur dire : « tu l’as dans l’os »

      

    Y'a d'la joie au Père Lachaise. 2000.

     

    Arrête de jouer l’Américain avec tes pompes en peau de zébu

    On a pas de place pour les gandins les fascisants, les trous du cul

    Moi je dis que c’est beau l’amour même enrobé de caoutchouc

    Ca rime avec topinambour toi t’aimes Suzette, moi Marie-Lou

     

    Arrête de jouer l’Américain avec tes bottes et ton Stetson

    Ici on se pique au vieux boudin on se shoote au gaz et aux hormones

     

    Avec ma justice, la pétasse celle qui suicide les indigents

    Je bois des verres, j’enfile des tasses un coup de biniou et c’est gagnant

    Je spleen à mort sur les pendus sur les tchétchènes qu’on assassine

    Sur la misère, sur les cocus je me torche la gueule à la bibine

     

    Je télévisionne sur le secteur quand y’a de la joie au Père Lachaise

    Devant le grand prédicateur sur canal + c’est l’heure de la baise

    Je masturbe en vrac sur l’écran bleu j’aime les gros seins, j’aime les gros culs

    Je me sens tout con, je tire sur la beuh je dégueule tout seul quand j’ai trop bu

     

    Arrête de jouer l’Américain avec tes bottes et ton Stetson

    Ici on se pique au vieux boudin on se shoote au gaz et aux hormones

     

    Arrête de jouer les Parisiens avec ta Harley Davidson

    Ici on est tous des indiens on se shoote au gaz et aux hormones

     

    Le démocrate à sa mémère. 2000.

     

    Je suis le maquereau de la République moi mon bordel c’est le ministère

    Je fais du pognon, du flouze, du fric je suis le démocrate à sa mémère

    Dans les couloirs de l’Assemblée je tapine un peu, je prends des rencards

    Je graisse la patte aux députés je tire à fond sur mon cigare

     

    Je me fous pas mal de l’électeur il fait l’amour à sa télé

    Si il me joue en cas de malheur je lui mets le pif dans son merdier

     

    Je tire à blanc sur Babylone pendant que les cons jouent au loto

    La politique c’est mon opium le citoyen ma tête de veau

    Je place ma tune chez les petits Suisses il faut que je pense à ma vieillesse

    La République écarte les cuisses et c’est moi qui passe à la caisse

     

    Quand les moutons iront voter ce sera le jour de la transhumance

    Je serai élu comme le berger comme un Jésus de l’alternance

     

    Les empêcheurs et les prêcheurs les Montgolfier, Eva Joly

    Veulent m’interdire de faire mon beurre en cas de pépin y’a l’amnistie

    Pour nous les taules sont confortables on aime pas la promiscuité

    C’est aux frais du contribuable il est bien le seul à se faire baiser

     

    Deuxième carrière au cinéma je te ferai coucou à la télé

    T’es ma souris, je suis ton chat viens faire la bise au ministré

     

    Amours brûlés du côté des frangines. 2000.

     

    C’est ta gueule abîmée parce qu’elle a trop vécu

    C’est les amours brûlées du côté des frangines

    Sur le pavé marseillais c’est toi qui n’en peux plus

    Papillon qui se ramasse avec sa cocaïne

     

    Dans un camion déglingue on rock’n roll à mort

    Sur des scènes le soir dans des ambiances bizarres

    On tire sur les étoiles, étrange corps à corps

    On flingue dans la nuit à la lueur des phares

     

    Y’a du rock à Pigalle, paraît qu’on est des loups

    Y’a la vie qui se trimballe du côté du pécoce

    C’est la nuit des bikers, le soleil des voyous

    Un peu de sang sur la lune, on est tous des gravos

     

    C’est Like a rolling stone sur la radio FM

    Au bout de notre errance on éclaire la nuit

    Petite fille dans le noir du côté de la bohême

    C’est une Stratocaster qui joue Satriani

     

    Sur le pavé parisien c’est la môme aux yeux noirs

    Un amour qui se ballade du côté de la tendresse

    Un accord de guitare pour blesser ta mémoire

    C’est la mort qui se traîne au fond d’un QHS

     

    Chicago. 1996.

     

    Elle était de ces femmes qu’on rencontre le soir

    A l’envers de la nuit, à l’abri des regards

    Elle était de ces anges que l’on croise au matin

    A demi dévêtue pour deux tunes ou pour rien

     

    Et toi tu planques dans ta musique

    Des notes qui sonnent, des mots magiques

    Et toi tu caches dans tes yeux noirs

    Beaucoup de peine, un peu d’espoir

     

    C’est Julie la paumée dans les rues de Toulon

    Chicago dans ta ville, Chicago dans ton cœur

    C’est la dance qui cogne sur les rayons laser

    Au Rock’n roll Circus on se passe de douceur

     

    Elle avait la couleur d’une Julie des tropiques

    Elle avait dans les cheveux une odeur d’outre-mer

    Tout son corps tremblait à la moindre musique

    On voyageait un peu du côté de l’Afrique

     

    Elle est morte un matin à l’aube de ses vingt piges

    A baiser sans capote, on existe sans gloire

    Le sida l’a fauchée comme on fauche les blés

    Elle est morte en rêvant d’une autre destinée

     

    Peur sur la ville. 1998.

     

    Un militaire zélé s’occupe du trafic un curé en soutane gare sa Ferrari

    Les judéo-chrétiens envahissent la ville et les penseurs s’occupent de la pensée des cons

    Le prolo se retire du ventre fécondé pPour un dernier soupir, une traite impayée

    A l’église les morues se tassent sur leur chaise un abbé d’opérette assume leur fantasme

     

    On a peur de la ville, du béton et des flics on a peur de l’amour, la fleur cancérisée

    On a peur de la nuit sans tendresse, sans fric on a peur de son ombre au cœur de la cité

     

    Le militaire zélé raccroche son sifflet et se roule un pétard au milieu de la chaussée

    Le curé Ferrari écrase un chien errant par la même occasion il bute un protestant

    Les judéo-chrétiens se font une reniflette le ventre a fécondé, la traite sera payée

    A l’église les morues ont levé leur gros cul au fond des bénitiers s’agitent les grenouilles

     

    Le militaire zélé à deux pas du délire s’éclate une durite et tente de s’enfuir

    Le curé Ferrari abat le militaire d’un coup de baïonnette il traverse sa chair

    Les judéo-chrétiens applaudissent en cadence le curé les renifle avec indifférence

    Bobonne a accouché d’un animal mort-né les morues se réjouissent juste avant le dîner

     

    Le militaire est mort au champ du déshonneur le curé Ferrari lui donne l’absolution

    Les judéo-chrétiens se perdent dans l’horreur ils massacrent au passage un enfant du Gabon

    Le prolo se console en allant voir les putes Chez la Madame Andrée, paraît qu’y en a de nouvelles

    Les morues s’agglutinent au pied du grand calvaire terminent religieusement un plaisir solitaire

     

    Oublier. 1998.

     

    Oublier le béton, s’enfuir loin de la zone

    De cette vie de con quand tu n’es plus personne

    Avec tous nos potos et ta sœur la misère

    Flinguer tous les fachos, s’inventer des chimères

     

    Oublier la police des matins qui déchantent

    Oublier les sévices, les flics et les patentes

    Vomir sur le FN, la secte des vampires

    A l’amour, à la haine sans jamais nous trahir

     

    Oublier que la mort se traîne au QHS

    Dans le gris des aurores, dans les yeux des gonzesses

    Oublier sans y croire un passé que tu traînes

    Toujours les mêmes cafards, toujours les mêmes chaînes

     

    Oublier les frangines bien trop chères pour ta gueule

    Pouliches de magazine habillées chez Bégueule

    Rapper sur le bitume des allumés de la nuit

    Sans carbure et sans tune au mi-temps de nos vies

     

    Oublier la cité, les projets incertains

    Les fonctionnarisés relookés par Cardin

    Zapping sur boîte à con pour le pote SDF

    La mort est au balcon pour le fric, pour les chefs

     

    Oublier que ta peau n’est pas cotée en banque

    T’es né dans le ruisseau, tu seras toujours un branque

    Mais tu leur pisse où je pense aux bourgeois de l’ennui

    Aux maréchaux de France, toi tu veux qu’on t’oublie

     

    Miss Play-Back audiovisuelle. 2000.

     

    Je suis la môme télévision celle qui racole tous les loquedus

    Je suis ta gonzesse en jupon t’es mon alerte à Malibu

    Je suis la môme microsillon la miss play-back audiovisuelle

    Celle qui contrôle tes émotions et qui renifle tes poubelles

     

    Dans l’écran bleu je pose ma gueule bien décorée sous mon lifting

    Je chante l’amour, je me sens seule un peu castrée, beaucoup casting

     

    Je suis la princesse des gogos ta belle pouliche anorexique

    Toi tu transformes ta libido tu es un fan neurasthénique

    Moi ce qui me fait jouir c’est les dollars à poil sur ton ordinateur

    Je pose mon cul dans ton miroir et toi tu bandes sur mes couleurs

     

    Tu fais la queue pour mes concerts ça te change de ton supermarché

    C’est moi ta chanteuse populaire l’ancienne pucelle invertébrée

     

    Le soir je me couche sur mon opium tu fumes ton joint dans un bar louche

    Boulevard des clips j’ai l’air d’une conne l’animateur m’en remet une couche

    Je danse avec Mister Zombie aux foucaulteries dominicales

    Avec mon copain patchouli avec la dose que je trimballe

     

    Je suis la reine de la télé moitié saucisse, moitié blondasse

    Je suis la blonde décolorée un peu stressée quand je tire la chasse

     

    Je suis la môme bandonéon celle qui ramasse tous les cocus

    Je suis ta gonzesse en caleçon tu es mon boy, je n’en peux plus

    Je suis la môme aux gros nichons la miss play-back audiovisuelle

    Celle qui contrôle tes émotions et qui renifle tes poubelles

     

    Paulo la flambe. 1998.

     

    Tu es un orphelin de la cité de la peur ta mère était putain, ton père était dealer

    T’as volé du soleil pour l’offrir à Betty t’avais le béguin pour elle mais c’est dur d’être ici

    S’enfuir loin de la zone à l’abri de la misère avec cette petite conne qui n’a ni père ni mère

     

    Il te fallait du fric, de l’oseille, du carbure t’es bon pour le trafic et les belles voitures

    Dans les clubs à la con tu dépensais ta tune pour des amis bidons de passage sous la lune

    Ta Betty se fait crever par une gueule de micheton un petit-fils de curé, te voilà comme un con

     

    T’as buté le proxo dans une rue de Paname t’as vidé les pruneaux, la Seine a pris ton arme

    Et maintenant tu es seul, à vingt ans, fatigué comme une sale gueule, comme un vieillard usé

    T’es rangé des voitures même si tu ne les voles plus y’a des absences qui durent et toi tu n’en peux plus

     

    T’as vingt ans pour mourir sous ce soleil idiot tu es un dur à cuire fragile comme un moineau

    Tu rejoins ta Betty au premier train qui passe je crois qu’il est minuit à l’horloge de la place

    Les fonctionnarisés ramassent ta carcasse et vont prendre le thé dans le café d’en face

     

    Terroriste. 1998.

     

    Bordel américain, musique aseptisée Françaises dévêtues parfumées par Opium

    Dollars dans la valise, téléphone portable Social-démocratie et gogos de tous poils

    Ciné made in rosbif sur tempo USA les fachos dans la rue, démocratie cocue

    Politiciens véreux, l’amour a la vérole on parque les prolos dans les cités d’urgence

     

    Je suis un terroriste de la bande à Bonnot

    Je suis un fataliste qui garde son tempo

     

    Bouffe de chez Mac Do, religion catholique vidéo dans la boîte sur tube cathodique

    Défilé pour la mode, pouliche anorexique un travelo brésilien se noie dans le trafic

    Un sans-logis qui crève du côté de chez Fauchon un bourgeois qui dégueule après un bon gueuleton

    Un président sénile qui roule dans sa ville un ministre le suit, silencieux et docile

     

    Je suis un enfoiré qui dérange l’histoire des villes et des villages, toujours les mêmes trottoirs

    A la bourse on spécule sur la misère humaine on crève dans les ghettos, l’amour est à la traîne

    Voiture japonaise et drogue colombienne gros bonnets du trafic, c’est une vie de chienne

    Une princesse qui se crashe du côté de l’Alma une bande de trous du cul qui en font tout un plat

     

    Il est cinq heures du mat’ c’est Paris qui s’éveille il est cinq heures du mat’ moi je n’ai pas sommeil

    Je plonge dans ma cité chez mon poto rappeur on boit un bon café, je me couche avec sa sœur

    On pleure sur l’Algérie qui crève d’indifférence au milieu des fachos, ça sent mauvais la France

    Dans les bras de Fatima je finis par m’endormir je pense à la musique, à un futur délire

     

    L’impression d’être fou pour un visage qui passe un air de déjà-vu pour la police d’en face

    Les murs de ma cellule me parlent des taulards qui avant moi sont morts après dix ans de placard

    L’impression d’être vierge pour une fille qui a vécu un air de déjà-vu sur les années perdues

    Le besoin d’être aimé pour une vie qui s’arrête quand se termine la nuit sur un matin d’ivresse

     

    Y’a juste des aurores sur les cités de la peur on attend le bon Dieu, fonctionnaire clérical

    Y’a juste la charité des fonctionnarisés des armées de cocus qui squattent dans les rues

    Je voudrais être à toi quand se figent les mots sur les murs de la zone s’installent des soleils

    Je suis sûr qu’à Paris on est loin de la France ce n’est pas capital que Paris soit en France

     

    Tu vois bien que ma gueule partage la misère du prolo qui dégueule sur ses traites impayées

    Y’ a juste la police qui matraque sur ordre basanés, chicanos, avec ou sans papiers

    On a bien l’air d’un con au seuil de son automne quand la jeunesse se barre, quand il n’y a plus personne

    Les charters de la gauche valent bien ceux de la droite et tracent dans le ciel une blessure étroite

     

    La justice. 1973.

    Texte remanié en 1980. A la mémoire de Christian Ranucci.

     

    C’est une vieille fille usée par de nombreux liftings

    C’est celle qui met au trou ton copain, ta frangine

    Elle se donne des grands airs, protège la République

    Pour les riches c’est Byzance, pour les pauvres c’est la trique

     

    La justice

     

    De garde aux cons en garde-à-vue, elle se charge des exclus

    Elle fabrique des coupables qu’elle choisit dans la rue

    Un procureur, un juge, un baveux pour demain

    On crucifie l’ordre et c’est la peau de chagrin

     

    La justice

     

    C’est pas le Chili, c’est pas l’URSS, y’a pas que là-bas qu’on assassine

    C’est ton pays la France qui est une mauvaise copine

    C’est la misère et le fric de tous les honnêtes gens

    C’est les prisons françaises, dix pour cent d’innocents

     

    La justice

     

    C’est Monsieur l’ancien ministre qui est dans les affaires

    Qui propose sa guerre mais qui ne veut pas la faire

    C’est son pote le gangster qui vit à l’étranger

    C’est la France en colère qui ne peut l’extrader

     

    La justice

     

    Ranucci, tu n’es pas le premier

    Lesurque t’a précédé

    La police a besoin de coupables de témoins

    Sur ton front elle a inscrit la mention « assassin »

    Un criminel en France est forcément bronzé

    Bien souvent ça m’emmerde, j’ai honte d’être Français

     

    La justice, Monsieur le président

    C’est de la merde !

     

    Liberté à crédit. 1994.

    A la mémoire de Mohamed Chara.

     

    Ta bouche fermée comme un tombeau sur les touches noires de ton piano

    Paris sur Seine, j’ai l’âme en peine Pigalle la blanche pleure le dimanche

    Prison béton, prison ballon maison d’arrêt vite oubliée

    Le maton qui tape dans les couloirs la lune qui se cache, il est si tard

     

    Prison de l’amour, prison de la mort demain le jour, demain je sors

    Derrière les grilles y’a du soleil y’a même une fille, je me fais la belle

    Dehors, dedans on est tous mort Baumettes Marseille je t’aime encore

    Fleury la nuit, Nantes le jour milieu pourri, cellule sur cour

     

    Prison de l’amour, prison de la mort demain le jour, demain je sors

    Paname chagrin, matin blafard une pute qu’on aime sur le boulevard

    Un peu de sang sur le bitume entre l’église et le bordel

    Luis Buñel tranche sous la lune un œil malin, peut-être le tien

     

    Adieu l’ami des mauvais jours demain je sors, adieu la cour

    Cellule béton, barreaux d’acier rêve de con dans la fumée

    Chara est mort dans sa carrée Chara est mort et oublié

    Moi j’oublie pas qu’ils t’ont buté adieu l’ami qu’on a crevé

     

    Rêve de singe pour policiers pasteur Doucet pour les RG

    Prisons de l’amour, prison de la mort demain le jour, demain je sors

     

    Guérilleros. 1998. 

    Aux enfants du Biafra.

     

    Les anges fatigués allument leur gitane

    Brûlent un dernier baiser, embrassent de drôles de femmes

    Sur des monstres d’acier aux chromes incandescents

    C’est la paix du guerrier, c’est le temps des mutants

    A travers mes Ray-ban je sens venir la nuit

    Comme un ange furtif sur des musiques bizarres

    Au feu des braseros se chauffent les chicanos

    Les fusils se reposent jusqu’au prochain aurore

    En attendant la guerre aux odeurs de charogne

    On astique les cuivres, on prépare les drapeaux

    Encore une fois tes yeux dans ce claque sordide

    Encore une fois ma peau contre l’acier brûlant

    Sur la jungle endormie s’installent des éclairs

    Je fume un dernier joint en attendant l’hiver

    Le casque dans la gueule comme un chien policier

    Le cuir dans les dents et l’envie de gueuler

    Le chapelet du FM crépite au petit jour

    Véhicule la haine, installe des soleils

    Les cadavres pourrissent dans une boue épaisse

    Les ventres sont gonflés, le cureton dit sa messe

    Dans le bordel la pute compte les revenants

    Et se fait culbuter par un des mort-vivants

    La tristesse sent l’opium au fond de mon trou noir

    Je m’invente des soleils que je classe en mémoire

    Sous les néons blafards d’une ville endormie

    Il reste les bâtards, les enfants de la zone

    Rescapés du massacre, oubliés de la guerre

    Affamés comme des loups ils arpentent la nuit

    La musique est barbare, je soigne mon tempo

    Dans un palace étrange, la nuit des généraux

    Dans la moquette épaisse, les pouliches de luxe

    Glissent comme des couleuvres sur le ventre des chefs

    Sous les volutes bleues j’ai le cœur qui se casse

    Au tam-tam des ombres je couche ma carcasse

    A la bourse à New York, le dollar est en hausse

    Pas très loin du Mékong on mutile les gosses

    Les filles sont lascives, s’installent sur les balcons

    Leurs yeux noirs se promènent jusqu’au bout de l’horizon

    Sur les ruines fumantes un môme joue à la guerre

    Il me regarde en face et me jette une pierre

     

    Zone caline. 1984.

     

    Petite gosse de la zone t’as le cœur qui bat le macadam

    C’est l’aventure au coin du bloc tes loques te sapent comme une vraie dame 

    Petite môme sur le béton t’écris ta passion en couleur

    Le soleil habite au fond de tes yeux y’a de la joie sur ton malheur

     

    Toute seule dans ta cage oubliée dans l’escalier

    Toute seule sur le nuage abîmée, sacrifiée

     

    Tu veux t’enfuir de ta grisaille et tu voyages dans ta tête

    Y’a tes seize ans qui éclaboussent et mes quarante qui te font la fête 

    Petite chatte de la zone les toits brûlants ne sont pas pour nous

    Ta peau bronzée sur le bitume tes robes qui montent au-dessus des genoux

     

    Comme un vertige, un mal de mer je suis malade dans tes étoiles

    Je n’ai même plus les pieds sur terre j’ai même envie d’enlever ton voile 

    London Calling sur ton boulevard ton blues s’habille comme une princesse

    Tu remues tes hanches sur le trottoir tu me files un peu de ta jeunesse 

     

    Bogota. 1991.

     

    Sur les trottoirs de Bogota les flics en ont après les gosses

    Dans la banlieue de Bogota on tire à vue sur les gavroches

    Cartoneros ! Ta vie ne vaut rien à Bogota

     

    Au petit matin la ville se lève les mômes dévorés par les chiens

    Au petit matin dans une poubelle tu crois reconnaître le tien

    Cartoneros ! Ta vie ne vaut rien à Bogota

     

    Sur les trottoirs de Bogota considérés comme des ordures

    Les enfants volent un peu de soleil et ils l’enferment dans leur chaussure

    Cartoneros ! Ta vie ne vaut rien à Bogota

     

    La petite Maria est amoureuse d’une voiture étincelante

    A l’intérieur de la Limousine son rêve se brise sur la vitrine

    Cartoneros ! Ta vie ne vaut rien à Bogota

     

    Salsa. 1995.

     

    J’ai dansé la salsa avec une fille de bar

    J’ai dansé la salsa avant qu’il ne soit trop tard

    Tu étais la tendresse, moi j’avais beaucoup bu

    C’était nos soirs d’ivresse, ami des sombres rues

     

    A l’hôtel de passe, y’avait des graffitis

    Sur la muraille d’en face, j’ai dessiné nos nuits

     

    Sur les coussins moelleux d’un bordel à pas cher

    J’ai joué à être heureux, j’avais le cœur à l’envers

    Tu dansais l’orientale, j’étais ton prince hindou

    L’alcool nous faisait mal, je crois qu’on était fou

     

    La lune se cachait dans le vert de tes yeux

    J’étais bien allumé, chacun fait ce qu’il peut

    La balle d’un revolver s’est trompé de malheur

    Tes cheveux noirs par terre aux dernières lueurs