• Le Printemps des Fous

     

    Extrait des "extaordinaires aventures de Toni Moreno"

     

    J-C Lalanne "Le Printemps des Fous" 2014

     

     

     

    Je me présente : Je suis Toni Moreno. Je ne suis pas un cave et dans ma tête c'est un jeu de dominos, le premier se casse la gueule et les autres suivent. Je suis un dérangé de la cafetière, j'ai des araignées dans le donjon. J'accuse la quarantaine en comptant les années de nourrice. Périodiquement je suis entouré de mecs en blouse blanche, ils se disent médecins, moi je veux bien, c'est leur problème, pas le mien. Doués d'une énorme patience, ils me surnomment le patient. Confronté à la lobotomie chimique je dis non. Une fois de temps en temps j'avale une petite pilule bleue, j'adore le bleu, mais attention que l'on ne s'y trompe pas, je suis contre l'association des couleurs comme le bleu, le blanc et le rouge, il ne faut pas me prendre pour un con, j'ai horreur des drapeaux, ce sont des attrape-couillons. J'ai même pissé dans l'urne que j'ai confondu avec les chiottes à la mairie de mon bled. J'ai aussi pissé sur la jambe d'un flic par inadvertance, c'est une erreur, j'aurais dû lui pisser sur la tête à ce con, ça l'aurait peut-être rendu intelligent. Quand j'étais petit j'avais l'air d'un singe, ou d'un punk, c'est pareil : Tout est dans le déguisement et la grimace. Ils m'ont même attaché sur un matelas douillet pour éviter ma fuite sur les toits, j'adore les toits, on est plus près des étoiles, on peut presque les attraper. Tranquille Basile, tous les trois mois je rentre à l'asile pour un petit séjour. Les hommes en blanc resserrent les boulons, pour la vidange je pisse dans le lavabo du réfectoire. Que celui qui n'a jamais pissé dans un lavabo me jette la première pierre. A l'asile on rencontre des gens pas forcément en accord avec leurs violons. Ils sont bien violonistes mais ils ne savent pas jouer ou si peu. Ici un François qui se dit président, bien sûr personne le croit, mais ça le rassure de se croire important. François a peur qu'on le prenne pour un fou et chaque fois qu'il croise une personne, il éprouve le besoin de dire qu'il est normal. On le laisse croire à ses chimères, il ne faut jamais réveiller un somnambule. L'an dernier le petit Nicolas, un autre président, est devenu méchant, il mordait les infirmières au mollet. Ils lui ont mis la camisole, mon Dieu qu'il était drôle, on aurait dit un âne dans une grenouillère. Pour l'endormir sa femme lui chantait des berceuses, elle l'avait l'air d'une dinde et elle chantait faux. Elle était belle comme la vierge Marie, celle qui ne s'est jamais fait sauter. Après la révision on vous lâche dans la nature au milieu des gens normaux et là ce n'est pas de la tarte. On rencontre le footballeur idiot, le curé pédophile, le notaire alcoolique, les belle-mères, les grand-mères, les hommes de mauvaise volonté, les apôtres, les blaireaux à deux pattes, Mireille Mathieu, David Douillet et François. Tout compte fait cela ne change pas grand-chose. C'est un joyeux bordel au milieu d'autres gens qui consomment, qui baisent et qui se reproduisent. J'ai d'abord joué au con en amateur, ensuite je suis devenu professionnel. Au milieu des autres cons je me sens moins seul. Le plus con c'est BHL, un mec qui se dit philosophe en réalité c'est une grosse burne, un fantoche, une merde. J'arrête : Je sens que je vais devenir méchant. Il ne faut pas dire du mal de son prochain , comme le disent les prêtres en soutane et en galons dorés.