• Le 7 août

    Article publié sur le site de la Horde :

    La Souris rattrapée par le Chat…tillon: quand LSD choisit finalement son camp

    3 août 20150Imprimer ce billet Imprimer ce billet

    C’est officiel, La Souris Déglinguée est morte le 31 juillet 2015 dans les arènes de Fréjus, sous le poids de ses compromissions, en jouant dans un concert organisé par une mairie frontiste et en partageant la scène avec un groupe militant d’extrême droite.

    Pour ceux et celles qui ne connaissent pas La Souris Déglinguée, c’est ce groupe de rock haï ou adulé, souvent qualifié d’ambigu, né à la fin des années 70, qui chantait la banlieue, la zone, les erreurs de jeunesse, les soirées à errer dans les rues d’une ville quand on a raté le dernier train pour rentrer chez soi après un concert. LSD, c’est également ce groupe qui vantait les charmes de l’orient et qui avait donné l’occasion à NTM de faire sa première scène. Tout au long de sa carrière, le groupe a toujours eu un public très chaud et hétérogène, comme en témoignent ses supporters de la première heure, les premières bandes parisiennes dont celle des Halles. LSD n’avait jamais voulu prendre parti pour l’une des tribus urbaines du rock des années 80, à savoir les punks, les skins, les mods, les psychos ou les alternos. De même, le groupe avait toujours refusé de juger et prendre parti au sujet d’une partie de son public, dont les opinions d’extrême droite étaient clairement affichées[1], ce qui faisait des concerts de La Souris des expériences assez uniques et mouvementées, avec embrouilles au début, pendant et après le concert. Comme le chantait le groupe « peu importe leurs idées, puisqu’il y a l’amitié ».

    Seulement voilà, ce positionnement étonnant s’est effondré comme un château de cartes vendredi 31 juillet 2015 à Fréjus. Certains penseront qu’il s’agit d’une erreur, que nous voyons le mal partout. Il faut donc tout reprendre depuis le début.

    Ce concert est d’abord une initiative de la Patrouille de l’évènement, une association en lien direct avec la mairie frontiste de Fréjus. Association dirigée par Minh Tran Long, ancien mercenaire d’extrême droite, connu pour avoir été militant chez les néo-nazis de la FANE et proche du GUD. La billetterie était confiée à la société Dreamwell , appartenant au clan Chatillon, qui, comme on a pu le voir sur son compte facebook, s’en félicitait. On notera que, malgré les déclarations de Marine Le Pen et les emmerdes que cela lui rapporte, le FN continue de faire des affaires avec le clan des ex-GUD, et en cela la ville de Fréjus et son maire David Rachline en sont le meilleur exemple. Bien évidement, ce concert était relayé par les médias frontistes, comme sur le site « Culture & Liberté » appartenant au Rassemblement Bleu Marine.

    Histoire d’enfoncer le clou, le concert était organisé sous une caution humanitaire, et pas n’importe laquelle : en soutien au peuple Karen, population chrétienne vivant en Birmanie dans les montagnes frontalières avec la Thaïlande et persécutée par le pouvoir des généraux depuis fort longtemps. Sauf qu’historiquement, cette cause humanitaire est un alibi pour des militants d’extrême droite français pour aller jouer aux mercenaires anti-communistes. De nombreuses « figures » de cette mouvance sont allées combattre dans cette zone depuis le milieu des années 80.

    On pense notamment à Gaston Besson [2], Guillaume Oillic[3], Thierry Cheng dit Titi[4], Jean-Renaud Fayol[5] ou encore Emmanuel Pochet[6], sans oublier bien sur Jean-Philippe Courrèges, premier mercenaire français tué pour la cause Karen le 4 octobre 1985 et ancien militant du GUD.

    Gaston_Besson_et_son_frere_chez_les_Karens

    Gaston Besson et son frère Jean-François chez les Karens

     

    "Titi" avec sur son béret l'insigne du Groupe des Experts Volontaires (GEV) de Bob Denard

    « Titi » avec sur son béret l’insigne du
    Groupe des Experts Volontaires (GEV) de Bob Denard

     

    Aujourd’hui encore, la cause Karen mobilise beaucoup à l’extrême droite en France, comme avec l’Association Solidarité – Identité présidée par Sébastien de Böeldieu (dit Sébastien Magnificat) et qui a pour secrétaire Xavier Emman. Cette structure, créée principalement pour relayer les campagnes de soutien aux Karens, est très proche des italiens de Casapound[7], ces derniers étant eux aussi très actifs dans le soutien, via notamment l’association pseudo humanitaire Popoli (Peuples) de Franco Nerozzi[8].

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    Casapound chez les Karens

    C’est ainsi que l’on verra sur le net des photos de combattants Karens arborant le drapeau de Casapound, Nerozzi ayant emmené avec lui en 2010 Gianlucca Iannone le leader et fondateur de Casapound. Quand on sait que Frédéric Chatillon vit aujourd’hui en Italie, à Rome plus exactement, et qu’il passe régulièrement voir ses amis de Casapound, tous les ingrédients sont réunis pour comprendre ce que viennent faire les Karens dans les Arènes de Fréjus lors d’un concert qui finalement devait ressembler à un bon vieux RAC !!

    Et ce n’est pas par provocation gratuite et mesquine que nous utilisons là le terme de RAC, mais c’est bien comme cela que l’on appelle un concert organisé par des militants d’extrême droite avec des groupes ayant pour point commun un anticommunisme viscéral. Il fallait donc une 1re partie digne de ce nom. Elle fût vite trouvée et il n’est finalement pas étonnant de voir que les organisateurs ont réussi à nous glisser également l’un des principaux groupes de Rock Identitaires Français In Memoriam. Difficile, face à autant d’éléments qui auraient dû alerter le groupe de maintenir le concert. Et comme dans les concerts de RAC, cela s’est terminé par des bagarres et des violences sur la population locale.

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    Affiche du concert diffusée sur le compte Facebook de la Souris, qui, curieusement, n’indique pas le nom de la première partie

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    Même affiche, mais cette fois-ci avec le nom du groupe. Curieux…

    Quand on repense à des chansons comme Cœur de Boudah, Soldats Perdus et Saint-Sauveur, ça nous laisse maintenant comme un arrière-goût de pourri.

     

    [1] Pour la petite histoire, si le rassemblement du 9 mai 2015 organisé par le GUD cette année n’a pas eu autant de succès, c’est qu’une partie du public de ce type d’évènement avait choisi d’assister au concert de La Souris Déglinguée qui fêtait ses 35 ans à l’Olympia, ce soir-là.

    [2] Après la Birmanie, il participe à la guerre en Yougoslavie aux côté des forces croates dans ce qu’il appellera plus tard une « brigade internationale ». Brigade qui en réalité était plus proche idéologiquement d’une internationale brune que de celle de 36 partie défendre la toute jeune république espagnole. Plus récemment, il est en Ukraine côté pro-ukrainien, ce qui a bien fait rire pas mal de ses anciens amis : en effet, ce bon vieux Gaston étant resté « bloqué » sur son anticommunisme viscérale n’a pas suivi l’évolution d’une majeure partie de l’ED qui voit aujourd’hui en Poutine un allié de taille face au « système qui broie les peuples » !!

    [3] alias « Major William », ancien du Front de la Jeunesse du PFN, Il tombe au champ d’honneur en Birmanie le 9 novembre 1990 au service de la résistance Karen dans la Karen National Liberation Army.

    [4] Ancien du Groupe des Volontaires Expert de Bob Denard aux Commores en 1978 et 1995, il sera au Liban en 1976 avec les Phalangistes chrétiens, puis rejoindra certains de ses camarades déjà présents en Birmanie.

    [5]
    Après une jeunesse très « NS » dans un lycée militaire, il s’engage dans l’armée avant de déserter. Il part en Birmanie pour y diriger un commando karens durant 3 ans. Aujourd’hui spécialiste de la Guerre Economique (fondateur du groupe Axis & Co, et ancien Directeur Général Adjoint de Cairn Executive, cabinet de conseil stratégique et intelligence économique), il enseigne à l’Ecole de Guerre Economique de Christian Harbulot.

    [6] Un temps instructeur chez les Karens, c’est surtout aux Comores et au Congo en tant qu’adjoint de Bob Denard qu’il se fera un nom dans le milieu du mercenariat. C’est un proche de François-Xavier Sidos (ancien directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen), ils seront arrêtés tous les 2 avec « le vieux » lors de la dernière tentative de coup d’état de Denard aux Comores en 1995. Il est aussi à l’origine d’une association d’Amitié Franco-Karen dont le président n’était autre le fameux commandant Pierre Guillaume (qui inspira le film Le Crabe-Tambour).

    [7] Peu étonnant quand on sait que De Böeldieu-Magnificat est chargé des relations extérieures de Casa Pound Italia.

    [8] Ce dernier a été mis en examen pour «association à but terroriste» en 2002 pour la préparation d’un coup d’état aux Comores. A l’époque, la presse italienne soupçonnait Bob Denard d’être le donneur d’ordre.